Le G'hâster à Ovifat

 

 

Jamais une réserve de Patrimoine Nature ne sera étendue aussi vite. Depuis le début de l'année 2017, ce sont près de 27 ha que nous avons acquis sur ce site situé en bordure des Hautes-Fagnes près d'Ovifat.

 

Le site, situé au cœur d'une grande zone forestière, est principalement constitué de coupes à blanc résineuses en voie de recolonisation forestière. Sur ces sites, l'arrivée du bouleau, du sorbier et des saules est en cours.

Dans ces coupes, nous espérons pouvoir enrichir la diversité feuillue en introduisant des chênes. Le but est de restaurer une chênaie mélangée. Au vu du sol et de la végétation existante, on peut raisonnablement penser que c'est ce type de forêt qui occupait le milieu avant l'enrésinement massif au début du 20ème siècle. De prime abord, ces vastes étendues dénudées ne semblent pas très intéressantes, mais en prenant le temps de les fouiller, on peut faire de belles découvertes comme celle du lycopode en massue (Lycopodium clavatum).

 

 

La station de ce végétal mi-mousse mi-fougère était connue par le passé, mais on la croyait disparue. La mise à nu du sol, combinée à l'arrivée de la lumière, devrait permettre à cette espèce rare de prospérer à nouveau sur le site.

Sur les parties les plus humides de notre réserve se trouve également une boulaie tourbeuse en cours de formation. Âgée d’une dizaine d’années seulement, la boulaie n’en est qu’à son premier stade de développement. Elle accueille une flore particulièrement intéressante (trientale d’Europe, narthécie des marais, airelle commune, neuf espèces de sphaignes, etc.).

Deux hêtraies âgées forment probablement les zones les plus intéressantes du site. Chacune couvre 1 hectare environ. L’âge vénérable des hêtres qui y poussent, et qui y meurent, est à l’origine d’une biodiversité riche que l’on se réjouit de découvrir dans les prochaines années. Les cavités creusées par les différents pics sont notamment susceptibles d’accueillir de nombreux hôtes : pigeon colombin, chouette de Tengmalm, chauve-souris, etc.

 


 

Enfin, une petite lande à callunes de quelques ares a déjà bénéficié cette année d'une gestion contre l'envahissement de la fougère aigle par « bâtonnage ». La méthode consiste à casser les jeunes frondes de fougère aigle 3 fois par an avec comme objectif l'épuisement de la plante. Il faut saluer le travail de nos 2 bâtonneurs qui se reconnaitront !

Investir dans des zones forestières n'est pas coutume pour les associations de conservation de la nature. Si nous nous concentrons le plus souvent sur des zones ouvertes, les réserves forestières n'ont pas moins d'intérêt. Certes, les vastes coupes encore nues aujourd'hui sont loin de ressembler à de belles forêts mâtures, mais nous avons bon espoir de les voir évoluer sans grands frais vers des forêts feuillues dignes de ce nom.

La réserve est située en zone Natura 2000 et dans le Site de Grand Intérêt Biologique des «Sources du Ghaster».

D'autres propriétaires voisins ont également fait le choix d'abandonner la sylviculture de l'épicéa et de restaurer la chênaie grâce à l'aide de fonds Natura 2000. Au total, environ 25 hectares de forêt feuillue seront en cours de régénération. Les générations futures pourront ainsi se balader dans des forêts à la fois durables, accueillantes et riches en espèces.

Les prochaines tâches seront l'inventaire du site, la coupe des semis résineux et la restauration de la chênaie. Pour ces 2 dernières étapes, nous bénéficions de l'aide de fonds Natura 2000 pour la plantation et la protection des jeunes plants de chênes.